WU GUANZHONG

ZAO WOU-KI

QI BAISHI

 ZHANG DAQIAN

 

 QI BAISHI

(1863-1957)

    

 

             "On peut dire que la quasi-totalité des chinois connaît le peintre Qi Baishi (1 862-1957). Une fois, lors d'un voyage, dans la salle d'attente d'une gare, comme j'attendais mon train et que dehors il pleuvait, je m'étais mis à bavarder avec un vieux paysan de YANGZHOU. Sachant que j'étais peintre, il avait recherché quelques sujets de conversation ayant trait à la peinture. Après quelque secondes de réflexion il avait commencé par me parler de "huit excentriques de Yangzhou", ses pays en quelque sorte. Puis il était passé à un peintre qu'il aimait beaucoup : Qi Baishi ; il déclara que les peintures de lui qu'il préférait étaient les "écrevisses", "aussi vivantes que /es écrevisses des ruisseaux qu'il y a près de chez moi'

         

Je n'ai pas engagé de débat avec lui mais je pensais que ce n'était pas tant la ressemblance que Qi Baishi recherchait à tout pris, lui-même disait que « la magie résidait dans le juste milieu entre ressemblance et non ressemblance ». Ce qu'il recherchait c'était l'esprit, l'étincelle de vie qui anime chaque être vivant. Le vieux paysan continua : « Je n'aime pas les poème que Qi Baishi écrit sur ses peintures, ils sont trop simplistes et sa calligraphie est trop fantaisiste ». Encore une fois, je n'ai pas osé abondé dans son sens, comment aurais-je pu le faire ?

Qi Baishi lui-même quand il faisait la critique de son art, observait que ce qu'il préférait c'était ses poèmes ; en deuxième position venait sa calligraphie et en troisième position seulement : ses peintures. Quant à moi, j'avais également remarqué que le vocabulaire et les tournure grammaticales des poèmes de Qi Baishi étaient très simples, voire insipides, qu'à la première lecture, ils apparaissaient effectivement un peu simplistes, mais lorsqu'on y réfléchissait soigneusement ils prenaient tout leur sens. Et plus on les relisait attentivement plus il s'en dégageait toute une philosophie de vie, une vie rustique et simple, à la signification très profonde. Pour ce qu'il est de sa calligraphie, elle recèle une force d'expression peu commune ; derrière l'apparente maladresse se cache un génie, derrière l'apparente candeur il y a à la fois de la gravité et du majestueux.

Qi Baishi est l'un des maîtres de la calligraphie chinoise moderne. Généralement les historiens d'art chinois considèrent que la peinture de Qi Baishi relève de L'école de peinture traditionnelle dite "Peinture de Lettré"et qu'elle en est le sommet pour la période contemporaine. Mais je ne suis pas de cet avis.

 

Qi Baishi, c'est vrai, s'est beaucoup

adonné à la "peinture de lettré"jusqu'à y

exceller, mais il n'a jamais copié les peintures des peintres de cette école. A bien y réfléchir, ses oeuvres ont davantage à voir avec sa naissance dans une famille de paysans, avec l'époque où il surveillait les boeufs, avec son enfance de petit campagnard. Il aimait profondément la culture populaire du coin de terre où il avait grandi. Avant la fin de ses études primaires, il dut quitter l'école pour travailler. Il apprit ensuite le travail de sculpteur sur bois, ce qui lui fut très profitable pour la suite.

Voilà pourquoi lorsqu'on regarde le sujets et les thèmes des oeuvres du peintre Qi Baishi on trouve les fleurs, les herbes, les insectes, les poissons, les oiseaux qu'on peut également trouver sans peine dans les campagnes ; il y a même quelques peintures où on a l'impression que ce qu'on voit a été vu par le regard d'un enfant. Même ses portraits, bien qu'il s'agisse de dieux, d'immortels, de taoïstes, de lettrés célèbres, de belles jeunes femmes, tous ont à un degré ou à un autre, la saveur des gens de la campagne, la simplicité de ses poèmes, la candeur, l'épaisseur de sa calligraphie ont justement été déterminées par la profonde nature paysanne de Qi Baishi. Une fois réunis, poèmes, calligraphie et peinture forment un ensemble extrêmement harmonieux. Considéré du point de vue de la forme, cet ensemble est incontestablement l'héritier de La Peinture des Lettrés, mais du point de vue de l'esprit on est loin de la recherche des lettrés peintres : la réalité insaisissable, le détachement des contingence, la lassitude des hommes, l'attitude hautaine et distante, rien de cela n'anime Qi Baishi ou n'est à l'oeuvre dans son ART. Chez lui, l'aspiration à la vie banale des paysans, son amour et on éloge de cet idéal révèle qu'il a gardé son âme de jeune villageois, le goût de la simplicité et des émotions sincères pour évoquer ce monde qu'il portait en son coeur. Sans doute est-ce pour ces raisons qu'énormément de chinois issus des classes les plus modestes trouvent l'oeuvre de Qi Baishi familière et qu'ils ne l'oublient pas après l'avoir vu ?

Le vieux paysan s'apprêta à partir, il portait un poisson à la main, une bouteille d'un mauvais alcool dans la besace ; il s'éloigna d'un pas tranquille. Je repensai alors à cette peinture de Qi Baishi - « Crépuscule sur le village de pécheurs »  et à la calligraphie qu'on y voyait et qui disait: « Les filets sèchent, le vin est bu; il a lavé ses pieds pour dormir ; il se repose maintenant en observant le soleil descendre derrière sa porte ».

 

He Yifu

 

(Traduction : B. ALLANIC)

 

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