WU GUANZHONG

ZAO WOU-KI

QI BAISHI

 ZHANG DAQIAN

 

WU GUANZHONG

Un peintre chinois francophile

 

 

 The Swallows Fly Home

70x70 1988

"South of the Yangtze" is the home of the artist and-the theme of many of his paintings.

Symbolically, the swallows too are flying southtro visit old friends.

 

En juillet 1991, Wu Guanzhong recevait le titre d'Officier de l'Ordre des Arts et des Lettres de la part du ministre de la culture jack Lang. Lui qui soixante ans auparavant n'avait ambitionné qu'une carrière d'instituteur de campagne, pour enseigner le dessin aux petits paysans, venait là de recevoir les plus grands honneurs de la France...

Personnellement, je peux déclarer que Wu Guanzhong est la personne qui a le plus influencé ma vie. Je me souviens encore de l'été 1978 : j'étudiais les arts à l'école normale de Kunming, mes professeurs se nommaient Zhong Shuheng -l'unique étudiante dont Wu Guanzhong avait accepté d'être le directeur de thèse - et ,Ding $haoguang - qui par la suite émigra aux Etats-Unis où il devint très célèbre. Ayant accepté leur invitation, Wu Guanzhong vint faire une conférence. Il parla très longtemps, aborda toutes sortes de sujets.

Encore aujourd'hui, je me rappelle parfaitement de certains de ses propos il déclara notamment que la peinture chinoise était un art extraordinaire mais qui devait néanmoins se renouveler, innover; d son avis c'étaient les artistes qui étudiaient la peinture à l'huile qui étaient les plus à même de participer à ce renouveau de l'art chinois... C'était justement la peinture à l'huile occidentale que j'étudiais moi-même depuis déjà une dizaine d'années. Après cette conférence, je décidai de me mettre d la peinture chinoise.

La théorie prônée par Wu Guanzhong est essentiellement cette de « la fusion de la Chine et de l'Occident » ; sans doute parce-que lui-même ayant d'abord appris la peinture à l'huile puis la peinture chinoise l'avait très tôt mise en pratique. Vers les années 50, comme ZaoWuki, Liu Wenqing, Liu ,Wiaguang, Zu .Deqing, Xiong Pingming et d'autres artistes chinois, Wu Guanzhong est venu étudier la peinture en France. A son retour en Chine, il entreprit un colossal travail de création, produisant un exempte réussi de synthèse entre l'art occidental et l'art chinois. Lui-même désignait ses travaux sous te terme de «métissage». C'est cela qu'il n'a eu de cesse de rechercher.

Après son retour en Chine (au début des années 60), Wu Guanzhong enseigna à l'Institut des Beaux-Arts de Pékin pendant trois ans. Mais il fut une proie facile pour les critiques maoïsants d'alors : on rapportait qu'il ne savait pas dessiner les gens, que ceux qu'il représentait étaient déformés - en vérité, c'était voulu et parfaitement maîtrisé par le peintre -, or on célébrant alors en Chine te style réaliste russe du 19° siècle... C'est ainsi qu'il dut quitter la plus prestigieuse école des Beaux-Arts de Chine et fut muté comme « professeur de croquis et d'aquarelle » à l'université Qinghua.

Après la chute de la « Bande des Quatre » en 1976, de nombreux peintres rejetèrent l'instrumentalisation de l'art en outil de propagande et se mirent à déclarer tout haut que ta vitalité de la peinture résidait dans la seule beauté. Wu Guanzhong le premier écrivit dans un article intitulé Esthétique et Peinture : « Il faut s'attacher à capter  le sentiment du beau  exprimé par le sujet, notamment en utilisant te croquis pour transcrire rapidement la nature formelle de cette beauté. » Cet article eut une grande répercussion dans le monde artistique. Il fit que l'art chinois contemporain se libéra enfin du carcan de ta propagande politique et que tes peintres chinois, progressivement, se mirent à explorer de nouvelles pistes. On peut dire que Wu Guanzhong fut le Prométhée qui sortit l'art chinais contemporain de l'ornière où il s'était enlisé ; à mes yeux, ce fut une étape fondamentale pour l'art chinois.

Wu Guanzhong estime que la beauté formelle d'une peinture découle des sensations premières éprouvées par te peintre face à ta vraie nature. C'est ce qui le conduit à peindre sur te vif. e a parcouru toute te Chine, accumulant de très nombreux dessins d'après nature, et ce même pendant les périodes tes plus dures. Pendant tes années 70, tandis qu'avec en femme il avait été envoyé à te compagne et qu'il n'avait aucun matériel, lit continuait à croquer sur te vif les gens et les paysages, en se servant de cartons de récupération comme planche à dessin et de seaux en osier, qui servaient à transporter le fumier, comme mallette. Beaucoup de personnes se moquaient alors de lui, en le traitant de « peintre de l'Ecole des seaux de fumier »...

Wu Guanzhong pense que tes oeuvres les plus admirables naissent du travail d'abstraction qu'accomplit le peintre face d la nature, d'une lente épuration, qui font que, tout en conservant des liens avec la réalité, l’œuvre peinte en est très différente, ce qui lui donne sa propre beauté.

            A l'heure où écris ces lignes, Wu Guanzhong n'est toujours pas devenu ce professeur de peinture pour écoliers de campagne qu'il rêvait d'être, mais il a réussi d révolutionner l'art chinois contemporain. Dans la lettre, accompagnant la décoration d' « Officier de l'Ordre des Arts et des Lettres », Jack ,,Lang déclarait : « Cette médaille récompense les hommes et les femmes qui ont fait oeuvre créatrice dans le domaine culturel et qui ont accompli quelque chose de grandiose pour la culture française et pour l'humanité toute entière. » En ce qui concerne Wu Guanzhong, le moins que l'on puisse dire, est que cette décoration était très méritée...

 

He Yifu, le 13 novembre 1997, 1 Noyal-Chatillon

(traduction : Bernard Allanic)

 

 

 

 

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