WU GUANZHONG

ZAO WOU-KI

QI BAISHI

 ZHANG DAQIAN

CHENG SHIFA

ZHENG JINGXIAN

 

A PROPOS DE QUELQUES PEINTRES CHINOIS

Par He Yifu

Edition n°5 - juin 2001

LES ENCRES DE ZAO WOU-HI

 

Né à Pékin en 1921, installé en France depuis 1948, Zao Wou-Ki est l'un des peintres contemporains les plus célèbres au monde, lauréat du Proemium Impériale Award of Painting en 1994 ( l'équivalent du prix Nobel). Après son arrivée en France, Zao Wou-Ki s'est volontairement détourné de la tradition picturale chinoise pour se consacrer à la peinture à l'huile. Très influencé par Klee, Matisse, il s'est fait connaître et apprécier en Occident par de grands paysages abstraits aux couleurs vives. Pendant 25 ans, il n'a plus touché ni au pinceau chinois, ni au papier de riz, ni à l'encre de Chine. Ce n'est qu'à partir de 1974, encouragé notamment par Henri Michaux, qu'il redécouvrira la technique du lavis à l'encre. Ce fut pour lui comme une libération : " Me sentant dégagé de la Chine, je pouvais aller à sa rencontre (...) Une longue culpabilité à l'égard de ce que j'avais laissé en Chine commençait de s'atténuer... Frayeurs et terreurs de l'enfance, contradictions de l'adolescence, errances, élans arrêtés, souffrances du repentir : je parvenais, à l'âge de soixante ans, à en venir à bout pour m'abandonner au seul et unique plaisir de peindre dans le silence de mon atelier. " ( extraits de Autoportait, éditions Fayard, 1988).

L’œuvre que He Yifu commente, ci-après, est extraite d'un recueil d'Encres de Zao Wou Ki, édité en 1988 par la librairie Séguier.

 

" J'aime contempler les encres de Zao Wou-Ki : elles m'emportent très loin, un peu comme les vieux poèmes des Tang ou des Song, pleins de rythme, de rimes, de musique... Ces taches éparses ou regroupées, claires ou sombres, qui se fondent les unes dans les autres , ou qui dialoguent à distance; ces quelques endroits où l'on a l'impression que le peintre s'est laissé aller, tout cela fait penser à une partition, à des notes sourdes ou retentissantes, retenues ou tonitruantes, parfois murmure, parfois sanglot, comme des  pulsations laissant entendre les battements du cœur de l'artiste."

 

J'aime cette oeuvre sans titre, ce moyen format ( 107 cm x 107 cm) de 1988. Encre pure, encre diluée, toutes les teintes de gris s'y retrouvent , toutes sortes de traits également... Des points semblent comme alignés sur des lignes de fuite imaginaires... Il y a aussi ces blancs, ces espaces vides de différentes tailles, dont la surface nue fait ressortir les innombrables teintes de l'encre.

Dans cet ensemble multiforme, un peu chaotique, nul trace de fioriture : tout est à sa juste place. Il s'en dégage une grande et profonde douleur. Est-ce de la mélancolie ? Du tourment ? Des regrets ? De la haine ? De l'angoisse ? Impossible à dire mais cette peine est là, ravageuse, tentaculaire, installée de longue date et semble-t-il, encore pour longtemps. Pinceau et encre ont fini leur travail, sont posés depuis longtemps, mais la peinture agit toujours : ce qu'elle évoque résonne longtemps à l'intérieur de nous, si bien qu'on ne peut s'en lasser.

Dès sa prime enfance, Zao Wou-Ki a bénéficié des conseils de son grand-père, qui l'a guidé dans l'apprentissage des techniques de la peinture traditionnelle. Encore adolescent, il reçut l'enseignement des maîtres les plus réputés de Chine à l'Académie des Arts de Hangzhou, où il entra dès ses 14 ans. Chez lui, quand il le désirait, il pouvait se plonger dans la contemplation de peintures anciennes ou de rouleaux de calligraphies que sa famille possédait. Il est ainsi l'héritier de la grande tradition picturale chinoise. Une tradition dont il s'est cependant écarté : il ne lui suffisait pas de calquer ses sentiments et ses techniques sur ceux et celles des anciens maîtres. Il ne s'est pas laissé ligoter par la tradition. Il a su trouver sa propre voie.

A première vue, un lavis à l'encre de Chine tel que celui-là peut apparaître comme un travail mal dégrossi, assez banal... Pourtant derrière ce paysage d'apparence si haché, se cache un univers et une technique remarquables. Les Encres de Zao Wou-Ki forment un nouveau chapitre à rajouter à l'histoire des plus grandes oeuvres de la peinture chinoise. Par leur inventivité, leur audace, elles éclairent d'une lumière forte et vivifiante le monde de l'Art chinois, resté trop souvent attaché à la théorie et aux pratiques de la peinture traditionnelle."

 

        He Yifu, écrit à Rennes en janvier 2001.

( Traduit et présenté par Bernard Allanic, avec l'aide de Ni Ping.)

 

P-S : Les éditions Cercle d'Art viennent d'éditer une petite anthologie des couvres de Zao Wou-Ki, de bonne facture, accessible au prix très modique de 89F.

 

     

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